Rachid Yazami: «Le Maroc peut devenir le premier fabricant de batteries lithium en Afrique»

Entretien avec Rachid Yazami, physicien, lauréat du prix Draper 2014 d’ingénierie.

Peut-on dire que le Maroc a participé à l’expérience spatiale du robot Philae vu que ce dernier est alimenté par des  batteries lithium, invention à laquelle vous avez contribué ?

C’est un peu tiré par les cheveux ! N’empêche que c’est effectivement un Marocain qui a contribué  à l’invention de la batterie du robot Philae qui s’est posé sur la comète Tchourioumov-Guérassimenko, il y a une semaine. Donc, on peut, en tant que Marocains, en tirer une certaine fierté. J’ai coutume de dire que c’est la batterie à lithium la plus éloignée de nous. Mais en 2005 , il y a eu sur la planète Mars des robots, notamment Spirit et Opportunity,  qui étaient animés  par des batteries lithium et auxquels j’avais participé, mais alors là, concrètement j’ai été en Californie et j’ai personnellement assisté aux tests des robots avant leur expédition vers Mars.

Les batteries lithium de  Philae ont essuyé quelques critiques, vu que le robot sommeille.
Philae s’est posé exactement là où il devait. Mais malheureusement, il a rebondi deux fois se retrouvant dans une situation inconfortable. Il est en pente dans un trou où le soleil n’atteint pas les panneaux solaires du robot, seuls capables de recharger les batteries. Donc, il faut attendre d’ici l’été 2015 pour que les batteries se rechargent et que Philae se réveille.

Les batteries lithium ont elles révolutionné le monde?

Maintenant, 99,9% des portables utilisent ces batteries là. En 2013, il y a eu 12 milliards de ces batteries qui ont été fabriquées dans le monde, soit plus que la population mondiale. En 2014, on s’attend à 15 milliards et le chiffre ne fait qu’augmenter parce qu’il y a une très forte demande. Effectivement, ces batteries sont devenues populaires, on ne peut pratiquement plus s’en passer. S’il n’y a pas eu les  batteries lithium-ion, le monde change vraiment. C’est-à-dire toute la communication téléphonique, les ordinateurs, tout ce qu’on utilise comme appareils mobiles aujourd’hui, serait plus lourd, trop volumineux, donc difficilement transportable. Et cela pourrait être encore mieux si on arrive à faire des batteries plus compactes, avec de nouvelles chimies autres que le lithium. Projet sur lequel je me penche aussi.

Parlez-nous de l’une de vos idées surprenantes : rendre les batteries intelligentes...

Il s’agit de la troisième direction sur laquelle je focalise mes recherches : rendre les batteries intelligentes. Parce que jusqu’à présent, les batteries, on les recharge,  on ne leur demande pas leur avis. Je me suis rendu compte que si on faisait cela d’une façon plus intelligente, on pourrait faire durer la batterie plus longtemps, la recharger plus vite, et la rendre plus sûre sans pour autant augmenter son coût. C’est un domaine dans lequel on est en avance sur le reste du monde. J’ai pris part, la semaine dernière, à Kyoto au Japon, au congrès japonais international sur les batteries. Il y avait plus de 3.000 professionnels internationaux, et ils ont été surpris par mon idée  sur les batteries intelligentes. Il y a beaucoup de choses à faire dans ce sens.

Y a-t-il une possibilité pour vous d’investir au Maroc grâce à la technologie du lithium-ion ?

C’est vrai qu’il y a des opportunités qui se présentent pour créer des emplois au Maroc à partir de cette technologie du lithium-ion. Dans ce sens,  j’espère que le gouvernement et les industriels marocains m’aidront justement à faire que le Maroc soit le premier pays d’Afrique à fabriquer les batteries lithium. C’est tout à fait jouable, je l’ai exprimé à plusieurs reprises : le Maroc a d’énormes atouts pour atteindre cet objectif. Il faut réunir tous les acteurs, aussi bien publics que privés pour réaliser un projet créateur d’emploi et d’espoir au Maroc.

Source: ALM